Aux marins du bord de mer


Aux marins du bord de mer
Qui emplissent leurs yeux de voiles
Marins de bord d’univers
Qui emplissent leur cœur d’étoiles

Aux marins du bord de mer
Sans bateau sans équipage
Mais qui ont ce drôle d’air
L’air d’un rêve et l’air du large

Ho marins ho marins
Qui attendez sur la plage
Qu’elle vous prenne la main
Les pieds prisonniers du sable

Ho marins du bord de mer
Sans pognon et sans courage
Résignés à la poussière
Et aux galets du rivage

Et vous lancez dans les flots
Les chagrins et les naufrages
L’infini est un bateau
L’océan n’a qu’un rivage
 
Ho marins du bord de mer
Qui savez compter les vagues
Et comprendre les histoires
Que racontent les coquillages

Ho marins ho marins
Ho marins du bord de mer
Ho marins ho marins
Que cherchez-vous dans la vase

Gardez libres vos yeux clairs
Plissés par le vent du large
Soyez fiers d’aimer la mer
Même derrière un grillage

Ho marins du bord de mer
Quelque part dans les nuages
Un courant un peu plus clair
A inscrit votre passage

ho marins du bord de mer
Tant pis pour le vent du large
Les ailleurs et les mystères
Et les envies de voyage

Aux marins du bord de mer
Qui emplissent leurs yeux de voiles
Hommes de bord d’univers
Qui emplissent leur cœur d’étoiles

Ho marins du bord de mer
Sans bateau sans équipage
Mais qui ont ce drôle d’air
L’air d’un rêve et l’air du large

Ho marins ho marins
Ho marins du bord de mer
Ho marins ho marins
Que cherchez-vous dans la vase

Aux marins du bord de mer
Qui emplissent leurs yeux de voiles
Hommes de bord d’univers
Qui emplissent leur cœur … d’étoiles




Jérome



Pour les copains de sa classe
Jérôme était un peu fou
Il tranchait avec la masse
Par son air rêveur et doux
Comme il traînait ses godasse
Qu’il était feignant et mou
Les profs conclurent à sa place
Que ce serait un voyou
gare à toi petit garnement
Ou j’avertirai tes parents

Ses études s’achevèrent
Bientôt dans une pension
Mais sa mère et les bons pères
Manquant de compréhension
On jugea que le bonhomme
Etait inapte à l’emploi
Et l’on conseilla Jérôme
D’opter pour un autre choix
attention petit garnement
Fallait écouter tes parents

Il gagna la vie active
Sans envie de travailler
Et il errait dans la ville
Sans savoir ce qu’il y faisait
Il écrivait des poèmes
Sur ses cahiers d’écoliers
Et par un hasard extrême
Un jour il lut « L’étranger »
attention petit garnement
C’est peut-être ce qui t’attend

Il cultivait dans sa tête
Un univers singulier
Des angoisses de poète
Impossibles à exprimer
Et lorsque le psychologue
Demanda ce qu’il pensait
Ecoutant son monologue
Il refusa de parler
attention petit garnement
Ou ils vont s’habiller de blanc

On tenta plusieurs manières
Pour essayer d’expliquer
Ce qu’il convenait de faire
Pour entrer en société
Ni suppliques ni menaces
N’eurent raison de sa foi
La liberté est tenace
Elle transgresse les lois
attention petit garnement
Tu feras mourir tes parents


Mais la vie est ainsi faite
Qu’il faut toujours un vainqueur
Jérôme perdit la tête
D’avoir écouté son cœur
Les bras de la solitude
Lui fabriquèrent un linceul
Jérôme prit l’habitude
Souvent de parler tout seul
attention petit garnement
Tu délires depuis longtemps

On étudia les symptômes
On donna des noms compliqués
A la maladie dont Jérôme
Ignorait toujours qu’il souffrait
Mais les cachets et les drogues
Les défilés de docteurs
Ne guérirent la peine énorme
Qui était enfouie dans son cœur
gare à toi petit garnement
Sauve- toi s’il est encore temps

Si bien que le petit homme
s’enferma dans son malheur
que la douceur de Jérôme
arrivait à faire peur
et puisqu’il n’avait pu vivre
semblable au milieu de nous
il serait contraint de suivre
la lente agonie des fous
attention petit garnement
c’est terrible ce qui t’attend

quelle est donc la différence
qui a condamné cet enfant
à cette étrange existence
son cœur était-il trop grand
personne ne crut à sa peine
et la corde où il se pendit
était tressée de ses poèmes
et de son dégoût de la vie
attention petit garnement
ce sera ton dernier printemps
attention petit garnement
c’est l’éternité qui t’attend



Terre des hommes


Et pendant que Paris construisait ses fantômes
A la gloire de ses monarques assouvis
Que défilaient ses troupes sous des arcs de triomphe
Ou que l’on drapait d’or les murs des tuileries
Que du Louvre à Versailles on taillait dans la pierre
La grandeur de la France et la postérité
Et que la tour Eiffel dressait sa mine fière
Répandant sur le monde sa gloire et sa beauté

D’autres enfants
Sur la terre des hommes
Rêvaient autrement
Sur un autre chemin

Pendant que le génie dans Athènes ou dans Rome
Sculptait au genre humain des vestiges sacrés
Que des peintres asservis puisaient le sang des hommes
Pour offrir à leurs dieux un peu de sa beauté
D’orient ou d’occident tout ce qui nous contemple
Du haut des pyramides ou du haut des clochers
Avec la religieuse nostalgie des temples
C’est l’émotion vibrante de la vanité

En ces temps là
Sur la terre des hommes
Cherchaient leurs pas
Sur un autre chemin

Héritiers de ces temps de gloire dérisoire
Faut-il restreindre encore le monde à nos idées
Proposer à des milliards de types de croire
A l’avenir béat d’un destin unifié
Par défaut de comprendre d’autres gens d’autres choses
Faut-il fermer les yeux sur la précarité
De ce que notre ultime modèle propose
Faut-il empêcher d’autres hommes d’exister

Et de chanter
Sur la terre des hommes
Que la raison d’aimer
Est sur d’autres chemins

Si l’on s’était trompé si l’homme pouvait rompre
Avec le cours absurde de la fatalité
S’il n’était pas besoin pour nos cœurs de corrompre
Et la paix à la peur et nos âmes à l’objet
Tout vaut pour sa raison et elle est bien lointaine
Celle qui tyrannise nos esprits à marcher
Sans s’arrêter jamais au bord d’une fontaine
Le bonheur immobile est peut-être un reflet

Il faut s’arrêter
Sur la terre des hommes
Il faut chercher
S’il y a d’autres chemins

Peut-être que s’ils sont plus simples et plus fragiles
Ils ne supportent pas le poids de l’avenir
Parce qu’ils cherchent toujours une raison utile
Ils ne peuvent emboîter le pas de vos désirs
Dans la fuite sans fin des progrès dérisoires
Ils cognent leurs fronts pâles à l’incompréhension
Engagés sur le chemin violent de l’histoire
Ils s’accrochent à leurs idéales passions

Il marche encore
Sur la terre des hommes
Qui croient encore
A leurs autres chemins

Peut-être que s’ils ont le cœur dans les étoiles
Ils ne ressentent pas le besoin d’y toucher
Qu’ils n’ont pas tant besoin de leurs laboratoires
Pour connaître les hommes et pouvoir les aimer
Peut-être que leurs rêves ne sont pas faits de gloire
Ni de l’orgueil vorace de l’éternel progrès
Peut-être que naîtrait leur société bizarre
Si vous ne jugiez pas et si vous les laissiez

Marcher vraiment
Sur la terre des hommes
Et consacrer leur temps
A trouver le chemin

On a tué
Sur la terre des hommes
Parce qu’ils avaient trouvé
De biens plus beaux chemins




Le dernier des matelots


Je veux vous conter l’histoire d’un vieux matelot
Que j’avais croisé un soir seul sur son bateau
J’ai connu des milliers d’hommes sans avoir eu de frisson
Mais les yeux de ce fantôme étaient gorgés d’horizon

Et j’ai suivi le sillage de sa lasse en bois
Qui semblait comme un présage de calme et de joie
Quand la barque toucha terre mon cœur vibrait d’émotion
De parler à ce grand-père qui débarquait ses poissons

Rien n’est extraordinaire ils sont des millions
A cultiver le mystère comme une passion
De la mer et de la terre sans comprendre leur chanson
La nature est un cratère qui n’a pas de fond

Mais la vie calleuse et rude de ce vieux marin
Avait retenu l’esprit au creux de ses mains
De l’océan inlassable qui roulait dans ses brisants
L’homme comme un grain de sable, petit mais vivant

Et malgré sa voix muette il montrait ses dents
Et goûtait la joie secrète d’avaler le vent
Au milieu de la tempête il pensait à ses enfants
Un peu trop de sel peut-être coulait dans son sang

Et lorsque la nuit sur l’onde tombait tout à coup
Que l’orage crie et gronde, martèle ses coups
Quand un nuage s’effondre éclaboussant l’horizon
Il boit l’eau claire et féconde qui ruisselle sur son front

Essence humaine ou divine libre fier et beau
Une émotion enfantine menait son bateau
Mieux qu’une ancre de marine son âme agrippait les flots
Et enfouissait ses racines dans le fond des eaux

Nous avons fait sur la route quelques pas de plus
Il m’a donné des palourdes voilà rien de plus
Mais l’instant de ce sourire était si simple et profond
Qu’il faudrait pour le décrire un peu plus qu’une chanson

Et je l’ai vu s’éloigner chargé de filets
Etourdit de ciel d’été ivre d’eau salée
Vers la société des hommes il va d’un pas incertain
Espérant que la nuit sonne la joie d’un autre matin

Je suis resté seul dans l’ombre seul avec ce souvenir
Comme un bateau l’homme sombre vers son avenir
Mer parsemée de naufrages, vent de la complexité
Moi je m’accroche avec rage à ce beau soleil d’été

Et je crois que le bonheur est fait de simplicité
Que ce serait une erreur de chercher à l’inventer
Il suffit de reconnaître les traces de la beauté
Car elle peut disparaître si on oublie de l’aimer

Faut-il encore qu’il perdure ou qu’il sombre corps et biens
Cet amour de la nature que l’on donne aux chiens
Ces cercueils que l’on fabrique avec les bois des bateaux
Chantent l’histoire tragique des derniers des matelots

Faut-il enfouir la sagesse au rayon des souvenirs
Même si cette tendresse ne peut revenir
S’il lui manque la conscience pour essayer d’exister
Et si l’implacable science se prépare à l’avaler

Comme cet homme qui tangue dans le flou de l’horizon
Imitant la barque exsangue qui attend son patron
Pour repartir à la pêche et jeter des éclats blancs
Sur la moustache revêche de son vieil amant
Pour chevaucher dans la brume le coeur léger l’œil content

Et attendre sous la lune l’éclat du soleil levant



LES RICHES

Les riches ont le pouvoir de choisir le cours de leur vie
Ils peuvent à l’ombre d’un manoir se fabriquer un paradis
Les riches qu’on voit le soir sortir de leur Masérati
Pour aller user les miroirs à Monaco ou à Paris

A st Barth à Ibiza , ils sont heureux d’être là
Au resto à l’opéra, l’essentiel c’est qu’on les voit

Les riches sont des milliers y a plus de place dans les ports
Pour amarrer leurs grands voiliers faut jeter les barques dehors
Les riches qui font flamber le commerce et l’immobilier
Et qui achètent à bon marché le patrimoine des fauchés

3 millions pour un caillou qui brille sur un vieux cou
c’est cher mais ça vaut le coup de connaître le dégoût

les riches qui vont prier pour les pauvres et pour les paumés
les dimanches et les jours fériés implorent Dieu de les aider
les riches finissent toujours attablés devant des huîtres et du caviar
ils n’ont toujours pas eu l’idée qu’il suffit de donner leur part

donnez leur pain quotidien aux pauvres et aux morts de faim
pour qu’ils n’aient pas que les doigts pour étaler le foie gras

les riches peuvent acheter même une part d’éternité
avec trois sous de charité avec 100 balles de pitié
les riches peuvent aller jusqu’à donner mais les pauvres sont des ingrats
ils sont obligés d’accepter mais ils ne les remercient pas

collecte pour les Biafrés pauvres petits affamés
j’ai attaqué ce matin un régime végétarien

les riches nous font marrer mais c’est pour pouvoir supporter
l’ignoble fiel de leurs idées il paraît qu’il faut les aimer
les riches qui affichent dans les journaux leur cul leur chien et leur ego
ne sont pas sympas ni idiots oui les ruches sont des salauds

qui sont ces fous ces fumiers la lie de l’humanité
comment peut-on aspirer à vouloir leur ressembler

ne peut-on pas se passer du luxe pour un peu de paix
ne peut-on pas partager… et si on leur ressemblait.




La remise des Césars


A la remise des césars
Ca puait l’orgueil et la frime
C’est la grand messe des tocards
Mais si la presse est unanime
Ils auraient tord de se gêner
D’épargner à nos yeux candides
Leur merveilleuse humilité
Et leurs remerciements sordides

Arrêtez bande de glands
De mater leurs émissions débiles
Arrêtez pour vos enfants
D’idolâtrer ces imbéciles

Tu veux ressembler à tes stars
Tu les imites dans la glace
Tu crois comprendre leur regard
Et tu t’imagines à leur place
Mais au bistrot de tes copains
Y a tonton qui fout la panique
Brassens a refilé un pain
A Brel qui entonne des cantiques

Arrêtez bande de cons
De croire à ce qu’on vous explique
Ce ne sont que des chansons
C’est même pas de la musique

Y vous font toujours pas gerber
Les présentateurs à la mode
De super show BSOP
Brosser Sans Oublier Personne
Car pour faire partie du clan
Pour les starlettes il faut séduire
Si t’as pas assez de talent
Faut pouvoir se faire introduire

Arrêtez de délirer
La bêtise a dépassé les bornes
Eteignez votre télé
Si vous voulez qu’on vous pardonne

Moi j’attends de voir le sportif
Qui aura assez de conscience
Et refusera tout le fric
Qu’on lui file pour qu’il avance
Persuadé de les valoir
Cette andouille qui vous rançonne
L’homme qui valait trois milliards
Le pire c’est qu’on les lui donne

Arrêtez de les rincer
Ce sont eux qui suivent vos traces
Boycottez les matchs télévisés
Vos dieux c’est de la populace

Y a machin qui s’est marié
Avec un top modèle en string
J’vois pas ce qui vous fait marrer
J’ai pas trouvé de rime en « ing »
C’est de la misère qu’on étale
Dans les magazines people
L’anglais c’est une erreur fatale
Y a pas non plus de rime en « eul »

Arrêtez de vous marrer
Y a machin qui a quitté Caroline
Arrêtez de déconner
C’est Monaco qu’on assassine

A la remise des césars
Ca puait l’orgueil et la frime
Ca a tourné au cauchemar
Quand ils ont attaqué les hymnes
Pendant qu’ils bavent sur leurs costards
On comprend ce qui les anime
Mais ça me file le cafard
Quand ils donnent des cours de civisme

Arrêtez de les bader
La vie c’est beaucoup plus sublime
Moi je garde Maïté
Et je vous laisse Marilyn




AU PAYSAN DE CES MONTAGNES



Le paysan de ces montagnes
A vécu au milieu du vent
Qu’il veille encore sur nos campagnes
Jusqu’à notre dernier printemps

Depuis quand régnez-vous sur nos joyeux abîmes
Dans le calme évident de votre immensité,
Accoudé à l’ombre apaisante des cimes
Qu’avez-vous décelé de notre avidité ?

Vous vous êtes assis sur ces roches imberbes,
De la terre accrochée à vos puissants souliers
Et vous avez plongé votre cœur dans ces herbes
Et projeté vos yeux à l’horizon des prés.

Vous avez bu cent fois le silence obsolète
Comme un philtre divin, vous vous êtes grisé
De ce vide absolu ? mais votre âme discrète
N’a pas trahi le goût subtil de son secret.

Oh ! qu’avez-vous appris de cette solitude ?
Etouffé dans le ciel par la limpidité
Et par la transparence bleue des altitudes,
Oh !qu’avez-vous appris sur notre obscurité ?

Le paysan de ces montagnes
A vécu au milieu du vent
Qu’il veille encore sur nos campagnes
Jusqu’à notre dernier printemps

Qu’est-ce qui flotte dans l’air purifié des montagnes
Et qu’il faille laisser échapper dans le vent ?
De nos mains, de vos voix, seule humaine compagne,
Les doigts crispés de l’air à l’eau des océans

Tout échappe sans fin à notre maladresse
Et du haut des sommets, bergers, vous constatez
L’éblouissante vue de l’amère caresse
Que la nature donne à notre absurdité.

Mais qu’elle veille encore sur nos petits toits rouges
Votre ombre mystérieuse et muette, et l’été ,
Nous irons au pays du ciel où rien ne bouge
Remplir nos âmes vides et froides de clarté.

Sur les pentes dociles, parmi les ajoncs faibles,
Nous irons comme vous emprunter le sentier
Que le rouge-queue garde de ses petites ailes
Et qui conduit aux pics idiots, de la beauté.

Le paysan de ces montagnes
A vécu au milieu du vent
Qu’il veille encore sur nos campagnes
Jusqu’à notre dernier printemps




Toussaint au printemps


J’ ai posé mon bouquet sur la pierre un peu froide
De la tombe muette qui recouvre le temps
Où vous chantiez pour moi la tendre sérénade
Le temps fuyait déjà je m’en souviens pourtant
Je n’avais pas six ans lorsque tu es partie
Conter sous d’autres cieux tes histoires éternelles
Un peu de ton amour arraché à tes ailes
Dans mon cœur étincelle je me souviens de lui

maintenant, je suis seul
A porter des fleurs sur cette place
Votre vie c’est moi qui la remplace
Aujourd’hui je me souviens de vous

Il ne reste plus rien de ce tendre univers
La vie a bazardé vos espoirs et vos doutes
Enfermé dans l’oubli de votre cimetière
Vous avez échappé à la folle déroute
De mon cœur innocent connaissez-vous ma vie
Est-ce qu’un œil bienveillant encore me protège
Personne ne retient ma colère et mes cris
Avez-vous disparus anges de ma jeunesse
refrainVous embrassiez ma joue avec votre nez froid
Et inventiez pour moi des histoires nouvelles
Mes yeux émerveillés vous emplissaient de joie
Et l’on recommençait d’éternelles querelles
Pleurer rire et chanter c’était là notre vie
C’était tout notre espoir notre ambition suprême
Moi à moitié vivant et vous morts à demi
C’est la seule raison des hommes pour qu’ils s’aiment

refrain

Le gravier de l’allée crisse sous mes souliers
Entendez-vous mes pas soleils de mon enfance
D’avoir connu vos bras s’il n’est qu’un seul regret
C’est de ne pouvoir dire aux vivants ce qu’on pense
Faut-il donc qu’ils soient morts ces beaux jours du passé
Pour que mon cœur s’éveille à leur amour immense
Vous qui m’avez aimé allez dormez en paix
C’est la seule raison qu’on ait dans l’existence

refrain

J’ai posé mon bouquet sur la pierre un peu froide
De le tombe muette qui recouvre le temps
Où vous chantiez pour moi la tendre sérénade
Le temps fuyait déjà je m’en souviens pourtant




La paix sociale


On nous a demandé
Quelle est la situation sociale
Des heureux géniteurs de cet enfant
A la maternité
Et j’eus le remord méprisable
De n’avoir pu choisir d’autres parents

Mais je me suis très vite fait une raison
Avec un peu d’espoir et d’imagination
A grands coups d’innocence le monde allait changer
Le moment de l’enfance est celui de rêver
Mais quand le cœur nourrit de telles ambitions
L’enfance est le moment de la désillusion
Ecoutez la sagesse, l’expérience a voulu
Que l’éducation serve à s’avouer vaincu

Faut d’abord avaler
Cul sec la vérité sociale
Le monde est d’abord fait pour les méchants
Faut d’abord accepter
Les compromissions incroyables
Il faut savoir pleurer pour être grand

Ceux qui ont cru pouvoir donner leur opinion
Quand le maître a posé une question
Sur les bancs de l’école n’ont pas eu de bon point
A part l’obéissance on ne demande rien
Ni l’instruction civique ni la philosophie
Ne souffrent les discours puérils de l’utopie
La horde des élèves vont ranger leurs crayons
Et s’asseoir sur l’espoir radieux de leurs chansons

Dans les rangs ordonnés
Voyez l’autorité sociale
Abreuver de savoir vos enfants blonds
Tant que la liberté
reste enfermée dans les cartables
nous pourrons la garder comme en prison

alors pour respirer j’ai voulu voyager
j’ai traversé le monde à fond pour la semer
et malgré la jeunesse je me sentais épié
et malgré la vitesse elle me rattrapait
les papous d’Australie criaient à l’unisson
avec leurs frères indiens les peuls et les bretons
fais gaffe elle te suit, elle est sur tes talons
tu vas bientôt tomber dans son grand piège à cons

faut pas vouloir jouer
avec l’autorité sociale
elle a toujours gagné sur tous les fronts
elle tend ses filets
et déploie son arme fatale
c’est la sécurité dont nous rêvons

quand j’ai voulu bosser pour des associations
le cœur plein d’espérance et de résolution
ils ont voulu connaître quel était mon passé
et la raison qui me poussait à m’engager
puis on m’a demandé quelle est ma formation
quel homme politique j’avais pour relation
alors on a voté et confié la mission
de remplir un putain d’dossier de subvention

il faut toujours prouver
sa légitimité sociale
et montrer son casier à tous ces cons
sous peine de sombrer
dans la masturbation mentale
il faut d’abord savoir se faire un nom

pour poursuivre ma vie il fallut la gagner
et comme les copains je suis allé bosser
sans savoir si la boîte qui m’avait employé
respectait la morale en laquelle je croyais
mais tant pis pour l’éthique l’honneur et les idées
je borne mon soucis à mon garde-manger
je me fonds dans la masse, j’aime la société
et j’apporte ma pierre à la fidélité

pour pouvoir digérer
la deshumanité sociale
faut avoir l’estomac dans les talons
faut pouvoir accepter
d’être un homme en étant que dalle
et garder le sourire dans les salons

c’est vrai j’en ai bavé mais tout est remboursé
elle est pas belle la vie des jeunes retraités
les pieds dans les pantoufles, abruti de télé
on a tout le loisir de se faire opérer
mais j’ai appris hier par les informations
que c’était le dernier jour pour les inscriptions
c’est la loi qui a changé, j’pouvais pas deviner
qu’il y a un formulaire à remplir pour crever

dans les papiers glacés de la sécurité sociale, quel est le cadre réservé au défunt
je l’avais mérité mais mon ticket n’est plus valable, je ne pourrai jamais être quelqu’un (bis)





Petite étoile du silence


Ils n’ont pas compris que moi j’étais
Plus petit et que pour longtemps
J’échappais à leurs exigences
Ils n’ont pas compris que je voulais
Repousser l’emprise du temps
Pour profiter de l’innocence

Ils n’ont pas compris que moi j’étais
Malgré leurs ailes de géants
Sûre de ma désobéissance
Que j’étais perdu si je quittais
Ne serait-ce que pour un instant
Les chemins de mon insouciance

Et pourtant qu’ y a-t-il dans le monde qu’ils inventent
Et pourtant qu ’y a-t-il à désirer
Qui ne s’efface en riant le sérieux dont ils se vantent
Lorsque la vie et la mort crachent le souffle de la paix

Et pourtant qu ‘y a-t-il dans le monde qu’ils s’arrachent
Et pourtant qu ‘y a-t-il à posséder
Rien ne reste dans nos mains et leur vie est un mirage
Tout ce qu’ils ont cru toucher est condamné à s’envoler

Ils n’ont pas compris qu’ils ne pouvaient
Avec leurs mots déjà usés
Extraire un cri de mon silence
Ils n’ont pas compris que je savais
Avant de l’avoir caressé
Le bonheur de la différence

il n’y a pas d’espoir dans vos mots ni dans vos bouches
il n’y a que le vide à partager
l’illusion de vos discours et leur sagesse farouche
ne sont que le témoignage de votre envie d’exister

et malgré le doute on veut dicter la conduite
on veut s’obstiner à diriger
sans comprendre ces enfants qui se battent dans leur fuite
pour sauver un bout d’amour d’innocence et de liberté

pourquoi voulez-vous contraindre
leur vertu et leur candeur
pensez-vous qu’ils croient en vos idées
votre monde fabriqué de ses certitudes vaines
n’est pas assez franc pour émouvoir la fibre de leur cœur

Et si l’un d’entre eux résiste
S’il refuse d’exister
Donnez lui l‘envie de vous aimer
Ils seront bien assez fous pour vous croire et pour vous suivre
Ils emboîteront bientôt le pas de votre humanité

Moi qui ne suis rien d’autre à présent
Qu’un prince dans le firmament
De mon univers de mirages
Je crois mieux que vous à mon printemps
Et je veux malgré les tourments
Goûter le bonheur de mon âge

Ils n’ont pas compris que moi j’étais
Plus petit et que pour un temps
Encore j’échappe à leurs errances
Tant pis je n’aurai pas partagé
Mon monde avec celui des grands
Mais je garderai le silence.




Crève charogne


Les goélands échoués sur la grève
Laissent traîner leurs ailes de géants
Couverts du sang monstrueux de la terre
Tendant vers nous un regard suppliant
L’œil incrédule devant tant de misère
Interrogeant le cœur compatissant
Du bénévole qui nettoie la merde
D’un grec mafieux riche et ventripotent
Refrain : Crève charogne
Je toucherai pas les oiseaux mazoutés
Crève charogne
Mais nous chierons dans vos ventres de grès
Organisés par les airs et sur l’onde
C’est devenu une sorte de sport
D’éjaculer à l’autre bout du monde
Sur des enfants sans le moindre remord
Il faut plutôt que punir les coupables
Signer un compromis avec les porcs
Fermant les yeux sur l’ordure acceptable
Qui fait fleurir le bonheur dans les ports
Refrain : crève charogne
Y a rien à faire pour les enfants violés
Crève charogne
Mais nous chierons dans vos ventres de grès
Mobilisés partout les volontaires
Armés de seringues et de balais
Ou de fusils il n’y a qu’un pas à faire
Pour l’honneur la France et la liberté
Au nom de quel drapeau de quel mystère
Faut-il combattre pour sauver la paix
La seule issue digne devant la guerre
C’est encore celle de déserter
Refrain : crève charogne
je ne fais rien au nom de vos idées
crève charogne
mais nous chierons dans vos ventres de grès
Les oppressions les guerres les famines
Les maladies qu’on oublie de soigner
Ne sont pas un malentendu infime
Mais des actes toujours prémédités
Il faut des assassins pour tous les crimes
Et des cadavres exquis pour les charniers
Vous ne connaissez pas la joie sublime
Qu’ont les charognes de m’entendre chanter
Refrain : crève charogne
ma haine naïve vous fait marrer
crève charogne
mais nous chierons dans vos ventres de grès
Reprenez-vous humanistes imbéciles
Laissez crever vos idiots innocents
Sortez vos doigts de la fange servile
Qu’ont fabriquée pour vos cœurs les tyrans
Vous n’êtes pas coupables de leurs crimes
On ne peut pas combattre les méchants
En essuyant une larme inutile
Au coin de leur orgueil couvert de sang
Refrain : crève charogne
il y a des morts qu’il ne faut pas pleurer
crève charogne
mais nous chierons dans vos ventres de grès
Si comme moi vous manquez de courage
Ecoutant votre bonté incongrue
Et laissant à d’autres la noble tâche
D’ôter tous les salopards de la rue
Qu’au moins jamais votre cœur ne faiblisse
Aidez soignez sauvez des innocents
Mais refusez de vous faire complices
Souvenez vous des coupables en chantant
Refrain : crève charogne
Je toucherai pas les oiseaux mazoutés
Crève charogne
Mais nous chierons dans vos ventres de grès
Crève charogne….





LE PORT DE CANNES


Les grands yachts inclinent leurs antennes rigides
Et leur carcasse gauche balancée par les flots
Attachée à un quai par leur corde stupide
a des accès comiques, troncs uniques et idiots.

Tout le jour ils somnolent en rêvant de tempête
Où déchirer l’odeur sucrée de leurs étés,
Ecoeurés par les cris vulgaires de leurs fêtes
Ils attendent du vent pour calmer leur nausée.

Et les jours s’éternisent en des langueurs infâmes
Où l’eau croupie des ports leur pénètre dans l’âme
Ils regardent au large danser les voiles blanches

Qui jouissent dans l’eau , s’envolent et se déhanchent.
Et ils songent humiliés de s’en apercevoir,
Pourquoi n’ai-je plus rien à vomir que l’espoir ?





L’importance


J’ai laissé s’enfuir tant de choses
Que je n’ai pas su retenir
Des émotions à peine écloses
Que j’ai jetées aux souvenirs
Je n’avais pas le temps d’attendre
Précipité sur mon chemin
Je n’avais pas le temps d’apprendre
A goûter le sel de ces riens
J’ai laissé s’enfuir tant de choses
Pourtant j’ai rêvé de sentir
S’accomplir ma métamorphose
Dans l’ultime besoin d’écrire
Tu les reconnaîtras quand même

Je croyais me passer des mots
Et de l’urgence des serments
Et je cachais dans mon chapeau
Les secrets de mes sentiments
Mais j’enrage aujourd’hui de suivre
La trace des instants perdus
Et je voudrais faire revivre
Ces ombres qui ont disparu
Je brandis mon âme d’artiste
Tant pis si vous n’écoutez pas
Pour que mon avenir existe
Je dois pouvoir suivre ses pas

Je m’étais trompé d’importance
Je veux tenir entre mes mains
Ce qui existe de la présence
De l’amour des joies des chagrins
Des vers des mots ou des chansons
Tout est bon mais il faut le dire
Et communiquer la passion
Du véritable sens de vivre
Je m’étais trompé d’importance
Ce qu’il reste de mes années
C’est cette imperceptible essence
De l’amour et de la beauté

Et toi qui t’endors sous mon aile
que puis-je prouver à ton coeur
tes yeux rendent ma vie plus belle
et lui donnent un peu du bonheur
que j’avais laissé dans le vent
fuir mes chansons et mes poèmes
on a tout juste assez de temps
pour cueillir les fleurs que l’on sème
je pleure ces heures muettes
Je veux réparer ces instants
écrire et dire que je t’aime
même loin de ton corps d’enfant
ces mots seront écrits toujours
serments d’amour ou déchirure
qu’importe l’âge de l’amour
ils témoignent de nos blessures
rien ne pourra plus m’empêcher
ni vos yeux ni la peur des rires
il est encore temps de chanter
il est encore temps de vivre
j’écris ces mots pour qu’ils existent
j’avais besoin de les toucher
et si ton amour leur résiste
ils pourront au moins lui parler.




V.I.P.


Ils accaparent la lumière
Ils confisquent le haut du pavé
Et quand les projecteurs les éclairent
Alors regarde ils se mettent à jouer

V.I.P.
Very important personnality

Ils ont fait le tour de la terre
Ecartez-vous pour les laisser passer
Ils président au destin de notre ère
Et se partagent l’exclusivité

V.I.P.
Very important personnality

C’est un clan au comportement grégaire
Rien ne pourra jamais les séparer
Car ils savent renifler sur leurs frères
L’odeur du sexe du pouvoir et du blé

V.I.P.
Very important personnality

Pour arriver à être des notables
La réussite précède le mépris
L’essentiel est d’avoir sa place à table
Pour partager le festin des nantis

V.I.P.
Very important personnality

Quand l’éternel présentera sa note
A la soirée du jugement dernier
Et que Satan leur ouvrira la porte
Ils essayeront de rentrer sans payer

V.I.P.
Very important personnality

Sors de ton trou mon semblable mon frère
Pour toi aussi le spectacle est donné
Et ce n’est pas ce parfum de misère
Qui doit empêcher ton cœur de crier

V.I.P.
Very important personnality

Mets des mots sur tes pleurs et ta colère
Fais voir la couleur de ta volonté
Personne au monde ne pourra te faire taire
Aie le courage de montrer que tu es

V.I.P.
Very important personnality

Les hommes enfin ont brisé les barrières
Et compris le sens de l’égalité
Ils ont réduit leurs complexes en poussière
Ils n’ont plus peur ils se sont révoltés !

V.I.P.
Very important personnality




Le petit oiseau



On prend des photos des petits, des gros,
Des roses, des joufflus, des chauves, des chevelus,
Des bébés qu’on fit, des bébés qu’on fut,
Et des grands couillons qu’on est devenu.

On prend des photos, pour s’rincer les yeux
A l’eau des regrets quand on sera vieux,
On entasse toutes ces pièces à convictions,
Preuve qu’on a été plus jeune et moins con.

On prend des photos pour le souvenir
Du temps qui est passé à le retenir
Et pour déclarer à un vieux sourire
Les mots que jamais on a su lui dire.

On prend des photos de tous les bestiaux,
Y a qu’eux qui soient libres, y a qu’eux qui soient beaux,
Ça fait décoller l’âme des poètes,
Sur la porte des chiottes un vol de mouettes.

Alors haut les mains ! que personne ne bouge,
Faut attendre un peu qu’y ait le voyant rouge,
Toi le cormoran qui’ a rien fait pourtant,
Lève un peu les bras comme un hors-la-loi.

Et le flamand rose, le pélican blanc,
C’est pas vrai qu’i pose, pas vrai qu’i s’défend
Si tu le mitrailles à coup de clichés,
Son droit à l’image y va pas l’toucher

Y va rester là, à pousser son cri,
Avec ses grands yeux hagards d’abruti,
A se résigner d’être çui qui subit
L’éclair d’un canon ou çui d’un fusil.

Tout ce qui a des fleurs, tout ce qui a des plumes,
Ça met d’la couleur dans les vestibules,
Les espèces en voie de disparition
Trônent dans les halls et dans les salons.

Moi j’ai des zoulous, bienvenue chez nous,
Moines du Tibet, indiens du Pérou,
On n’a pas volé l’âme des papous,
J’ai juste accroché leur gueule à un clou

On prend des photos, on a peur peut-être
Que toute cette vie puisse disparaître,
On enferme l’espoir dans nos appareils,
Les yeux en suspens à nos bandoulières.

On prend des photos, baiser de Doisneau,
Les seins vus d’avion d’Steph de Monaco,
On reluque le cul sur papier glacé
Dans les magazines des stars d’la télé.

Les paparazzis se sont embusqués,
C’est les francs-tireurs d’l’actualité
C’est eux les cows-boys, c’est eux les shériffs,
Qui balancent ta tronche en haut de l’affiche.

C’est la loi des cons, c’est pas des clichés,
Faut être en photo pour pouvoir parler
Le haut ou le bas souris t’es filmé
Faut toujours avoir un truc à montrer.

On prend des photos, reporter de guerre,
Qui avait débuté à jeux sans frontière
Comme un chien de sang sillonne le monde
A l’odeur des morts, sur la piste des bombes.

C’est pour la téloche, y faut que j’m’approche,
Pour remplir de sang mes rubans d’péloche,
Ceux pour la télé, ceux pour les expos,
Pour alimenter les concours d’photos.

Bougez pas les mioches on va tout filmer
Pour qu’le monde sache qui sont ces fumiers
Y sont prêts à tout et même à crever
Pour qu’on voie leur misère à la télé

Elles servent à quoi les photos d’Capa
A prendre la vie pour du cinéma
Les horreurs figées d’l’actualité
N’ont pas arrêté le sang de couler.

On prend des photos, la vie prend la pose,
Elle immobilise sa métamorphose,
Le monde est connu, le monde est figé
Dans le cœur des hommes et l’ombre des musées.

On a tout noté, ça peut disparaître,
Le génome humain dort dans nos tablettes,
La vie sur la terre est référencée
L’avenir de l’homme vit dans des casiers.

On prend des photos, des trains d’cartes postales
Dégueulent la salive de nos embrassades
Arrivés chez nous faudra mesurer
L’ampleur du bonheur en kilos d’papier

Ça s’arrête quand la série d’photos
D’la tante Isabelle qui fait du chameau
C’est la cinquantième on voit pas Pierrot
Quand il fait l’andouille sur son pédalo

On doit repartir, il faut voyager,
La nature attend nos yeux pour crever
Faut se dépêcher l’heure est arrivée
Où va disparaître la diversité

Prêt feu go partez, c’est la cavalcade
Les fous sont lâchés, c’est la fusillade
Rien n’échappera à l’avidité
De nos yeux capables de tout posséder.

On prend des photos comme un fait de gloire
Faut des souvenirs à notre mémoire
Des gueules empaillées sur les cheminées
De mecs qu’on n’a même pas vu exister

S’ils ont disparu, est-ce qu’ils avaient tort
Ceux qui avaient peur d’nos engins de mort ?
Leurs âmes et leurs dieux se sont envolés
Dans l’diaphragme étroit d’la réalité

On a beau savoir, on a beau paraître
Qu’est-ce qu’il reste après qu’la photo est faite
La lumière passe, on tourne le dos
Et le top modèle meurt,.. sans un sanglot.




Terminator est un tas de merde
(on savait déjà que c’était un tas de ferraille)


C’est un communiqué qui apprend la nouvelle
Après la météo , le sport et les chansons,
Pour quelques jours encore la vie sera moins belle
Tookie Williams est mort
Tant pis pour le pardon

Le pardon, où dort-il caché sous tant de haine
Eux qui avaient mis en Dieu l’espoir en l’avenir
Aurions-nous donc rêvé, n’a-t-il pas dit lui-même
Qu’il fallait pardonner juste avant de partir

A quel Dieu obéit autant d’intransigeance
Combien d’années d’orgueil faut-il pour pervertir
Les paroles d’amour de paix et de clémence
Qu’un jeune homme a criées juste avant de mourir

Qui faut-il donc prier en entrant à la messe
Les mains rouges encor du sang d’un condamné
Est-ce avec ces mains-là qu’on donne une caresse
A la joue d’un enfant qui sourit sans trembler

Mais….. C’est un communiqué qui apprend la nouvelle
Après la météo , le sport et les chansons,
Pour quelques jours encore la vie sera moins belle
Tookie Williams est mort
Tant pis pour le pardon

Les stades sont remplis, la foule se démène,
Elle crie, elle chante mais devant la prison
Ils n’étaient pas nombreux à combattre la haine
Que n’a pas abolie la civilisation

Pendant que sûr de lui l’homme juste et honnête
Condamnait son prochain à une exécution
Perdu dans ses tracas ses doutes et ses fêtes
L’humanité vaquait à ses occupations

Y a-t-il autour de toi un autre homme capable
De tuer de sang-froid celui qu’on peut gracier
Connais-tu dans ta vie un autre misérable
Que n’effleure même pas l’idée de se tromper

Mais… C’est un communiqué qui apprend la nouvelle
Après la météo , le sport et les chansons,
Pour quelques jours encore la vie sera moins belle
Tookie Williams est mort
Tant pis pour la raison

La raison du plus fort le droit à la vengeance
La justice rendue par des hommes campés
Dans le droit qui brandit sa terrible arrogance
Crachant la certitude de sa divinité

Qu’est-ce qui aveugle ainsi la tendresse des hommes
L’exemple a-t-il besoin d’étouffer la pitié
Et la raison d’état vaut-elle qu’on abandonne
Notre âme qui s’agrippe en vain à la bonté

Est-ce vraiment cela qu’ont espéré les hommes
Qu’un seul ait le pouvoir d’abattre ou d’épargner
Est-ce la volonté de nos cœurs qui résonne
Dans ces couloirs lugubres des pas d’un condamné

Mais… C’est un communiqué qui apprend la nouvelle
Après la météo , le sport et les chansons,
Pour quelques jours encore la vie sera moins belle
Tookie Williams est mort
Tant pis pour ma chanson

Ma chanson elle existe pour remplir le silence
Qu’a laissé en partant cette vie comme un trou
Et nourrit sa détresse de son exubérance
Pour rassembler des forces et parler à ces fous

Qu’il faut qu’on soit petits et lâches, la faiblesse
Nous renvoie dans ce monde j’ai honte de chanter
Faire rimer des mots avec cette bassesse
C’est l’arme des idiots qui réclament la paix

La musique et les mots vont pas changer le monde
Mais c’est tout ce qu’il reste pour exister un peu
Et croire s’affranchir de l’erreur de ces hommes
Qui ont un cœur si dur qu’on en croit pas ses yeux

Mais ….C’est un communiqué qui apprend la nouvelle
Après la météo , le sport et les chansons,
Pour quelques jours encore la vie sera moins belle
Tookie Williams est mort