Un tour de France inoubliable
Champs fertiles de mains levées
Brandissant toutes leurs portables
C'est beau la solidarité
La nouvelle chanson Française
Dans le ferveur des soirs d'été
Souffle au soleil couchant les braises
De nos joies de supermarché
Festivals de sons et de fêtes
Où les artistes tournent en rond
En goûtant les pots de rillettes
Subventionnés par la région
Les bobos cultivent le drame
Ils assument leur prétention
De ne rien changer à leur âme
Ni au monde avec des chansons
Un petit mouvement de tête
Un pied qui marque le tempo
Un air subtil de joie discrète
Un frisson passe dans le dos
Les jeunes apprennent la colère
Et s'inventent une rébellion
Le coeur dilué dans la bière
En gueulant « légalisation »
A l'écart enfin on se parle
Alors toi comment t'as trouvé?
Sympa la couleur des guitares
Y'a une super énergie
C'était génial quand le chanteur
Nous a fait crier « youplala »
Et que l'on a repris en choeur
« Ça va? Ouais!!.. » Je vous entends pas
On comprend pas bien les paroles
Mais faut se fier à l'intuition
Ce qu'il faut pour être une idole
C'est du charisme et un bon son
Bientôt l'hiver c'est la clôture
On va rentrer dans les studios
Pour faire aux frais de la culture
De belles chansons comme il faut
Pour aider le peuple de France
A oublier le quotidien
Surtout ceux qui partent en vacances
On va rabâcher nos refrains
On aime mêler nos ancêtres
Renaud Brassens Brel et Ferré
A nos postures de pohêtes
Ça fait cossu sur le papier
Je mets mes cheveux en bataille
Je dis merde, c'est mon côté punk
Et je me mets dans la cacaille
Parce qu'il n'y a pas de rimes en « unk »
Les mots ne veulent plus rien dire
Les révoltes de quatre sous
C'est juste un instant de délire
Des bios écrites par des fous
Textes cinglants sensibles et drôles
Tendres et saignants à la fois
Une avalanche de paroles
Mais que l'on ne respecte pas
On passe pour des anarchistes
Dans l'esprit des festivaliers
Ils oublient que partout existe
Ce que l'on ne fait que chanter
Il reste quelques cicatrices
Des coups portés à la pudeur
La mécanique qui hésite
Dans les battements de nos coeurs
La seule chose qui résiste
Lorsque se taisent les clameurs
C'est notre prétention d'artiste
Et nos salaires de chanteurs
Terminator est un tas de merde
C'est un communiqué qui apprend la nouvelle
Après la météo le sport et les chansons
Pour quelques jours encore la vie sera moins belle
Tookie Williams est mort
Tant pis pour le pardon
Le pardon où dort-il caché sous tant de haine
Eux qui avaient mis en Dieu l'espoir en l'avenir
Aurions-nous donc rêvé n'a-t-il pas dit lui-même
Qu'il fallait pardonner juste avant de partir
A quel Dieu obéit autant d'intransigeance
Combien d'années d'orgueil faut-il pour pervertir
Les paroles d'amour de paix et de clémence
Qu'un jeune homme a criées juste avant de mourir
Qui faut-il donc prier en entrant à la messe
Les mains rouges encor du sang d'un condamné
Est-ce avec ces mains-là qu'on donne une caresse
A la joue d'un enfant qui sourit sans trembler
Mais…C'est un communiqué qui apprend la nouvelle
Après la météo le sport et les chansons
Pour quelques jours encore la vie sera moins belle
Tookie Williams est mort
Tant pis pour le pardon
Les stades sont remplis, la foule se démène,
Elle crie, elle chante mais devant la prison
Ils n'étaient pas nombreux à combattre la haine
Que n'a pas abolie la civilisation
Pendant que sûr de lui l'homme juste et honnête
Condamnait son prochain à une exécution
Perdu dans ses tracas ses doutes et ses fêtes
L'humanité vaquait à ses occupations
Y a-t-il autour de toi un autre homme capable
De tuer de sang-froid celui qu'il peut gracier
Connais-tu dans ta vie un autre misérable
Que n'effleure même pas l'idée de se tromper
Mais… C'est un communiqué qui apprend la nouvelle
Après la météo le sport et les chansons
Pour quelques jours encore la vie sera moins belle
Tookie Williams est mort
Tant pis pour la raison
La raison du plus fort le droit à la vengeance
La justice rendue par des hommes campés
Dans le droit qui brandit sa terrible arrogance
Crachant la certitude de sa divinité
Qu'est-ce qui aveugle ainsi la tendresse des hommes
L'exemple a-t-il besoin d'étouffer la pitié
Et la raison d'état vaut-elle qu'on abandonne
Notre âme qui s'agrippe en vain à la bonté
Est-ce vraiment cela qu'ont espéré les hommes
Qu'un seul ait le pouvoir d'abattre ou d'épargner
Est-ce la volonté de nos cœurs qui résonne
Dans ces couloirs lugubres des pas d'un condamné
Mais… C'est un communiqué qui apprend la nouvelle
Après la météo le sport et les chansons
Pour quelques jours encore la vie sera moins belle
Tookie Williams est mort
Tant pis pour ma chanson
Ma chanson elle existe pour peupler le silence
Qu'a laissé en partant cette vie comme un trou
Et nourrit sa détresse de son exubérance
Pour rassembler des forces et parler à ces fous
Qu'il faut qu'on soit petits et lâches la faiblesse
Nous renvoie dans ce monde j'ai honte de chanter
Faire rimer des mots avec cette bassesse
C'est l'arme des idiots qui réclament la paix
La musique et les mots vont pas changer le monde
Mais c'est tout ce qu'il reste pour exister un peu
Et croire s'affranchir de l'erreur de ces hommes
Qui ont un cœur si dur qu'on n'en croit pas ses yeux
Mais… C'est un communiqué qui apprend la nouvelle
Après la météo le sport et les chansons
Pour quelques jours encore la vie sera moins belle
Tookie Williams est mort...
Les intellectuels
Les intellectuels sur les bancs de l'école
Sourient bêtement et font le gros dos
Au peuple des cons qui ont depuis l'enfance
L'envie viscérale de leur faire la peau
Les intellectuels sur leurs frêles épaules
Portent les rancoeurs d'un peuple de blaireaux
Qui ont misé sur la haine de l'intelligence
Pour masquer la paresse veule de leur cerveau
Les intellectuels veulent entrer dans la danse
Ils ont leurs bars leurs site leurs musées leurs radios
Ils veulent partager leur savoir et leur science
Mais le peuple se branle des blablas d'intellos
Les intellectuels, les intellectuels
Ce sont des prétentieux des pédants des minables
Qui méprisent les gens du haut de leur égo
Je connais de fumiers qui ont lu les misérables
Y'a même des enculés qui étudient picasso
Les intellectuels c'est eux les responsables
Leur orgueil étrangle nos vies dans un étau
Même quand ils daignent s'asseoir à notre table
C'est pour nous humilier avec un tas de mots
Les intellectuels nous foutent la trouille
Quand ils sortent leurs fines plaisanteries
Ils font de l'humour sans bite ni couille
Et des jeux de mots carrément pourris
Les intellectuels, les intellectuels
Les intellectuels ont des fulgurances
Et viennent parler de philosophie
A l'heure où Marseille enflamme son stade
D'un retentissant j'encule Paris
Les intellectuels ont bien de la chance
On les laisse hanter la télé la nuit
Pendant que le peuple rêve de vengeance
On peut pas laisser enculer Paris
Les intellectuels n'ont plus d'exigence
Et s'accrochent à des restes d'utopies
La loi du marché dicte sa sentence
Faire du shopping libère l'esprit
Les intellectuels n'ont pas d'importance
Les intellectuels gardent le silence
Les intellectuels sont tous en partance
Il faut profiter de voir du pays
Les intellectuels partent en vacances
Faire les boutiques occupe l'esprit
Faire du shopping repose l'esprit
Faire du shopping libère l'esprit
Les grandes gueules
Au fond des bois au coeur des rêves
Y'a des gens qui ne disent rien
Qui regardent mais qui se taisent
Qui ont le coeur au bout des mains
Au bord des gares au bord des grèves
Y'a des gens qui ne disent rien
Des poètes que l'on enterre
Avec le coeur à fleur de poings
Et de retour de la guerre
Ces soldats qui ne disent rien
Attablés avec leur colère
Et le silence pour témoin
C'est pas la faute à leur mémoire
Mais ça fait 10 000 ans demain
Qu'ils viennent vomir leur histoire
Et qu'ils la racontent pour rien
Et puis y'a les grandes gueules
Ceux qui ameutent l'opinion
Qui font pas dans l'hésitation
Qui savent répondre aux questions
Et qui connaissent la chanson
Les grandes gueules
Campés autour de la corbeille
A gueuler une vie entière
J'achète j'achète ta vie de misère
Les grandes gueules
Qui connaissent le bon bouton
Pour acheter des obligations
Et faire bander l'inflation
Les grandes gueules
Les grandes gueules ont fait leur grand soir
Les grandes gueules ont pris le pouvoir
Et t'es pas prêt de le revoir
Les grandes gueules
Qui squattent la télévision
Qui dégueulent leurs ambitions
Qui viennent sans modération
Te parler mondialisation
Et puis y'a ma grande gueule
Ouais, ma grande gueule
Qui vient déballer ses refrains
Elle à qui on demandait rien
Que pour la fête de la musique
Les grandes gueules
N'ont pas le temps de s'attarder
Sur les cadavres du passé
Because y'a le train du progrès
Qui file vers l'éternité
Les grandes gueules
Qui se présentent aux élections
Qui veulent faire sensation
Qui parlent de révolution
Qui font signer des pétitions
Des listes où on est des millions
Les grandes gueules
Qui savent énoncer clairement
Ce que personne ne comprend
Qui seront nos représentants
Au grand bal de la république
Au fond des chantiers des usines
Y'a des gens qui ne disent rien
Qui font leurs heures et qui se taisent
Et qui n'en voient jamais la fin
Au bord des champs et des falaises
Des paysans et des marins
Un peuple d'hommes qui se taisent
Avec la terre au creux des reins
Des vieux qui prient leur vie entière
Ce Dieu qui ne tend plus la main
Au fond des steppes et des rizières
Y'a des gens qui ne disent rien
A tous les coins de notre terre
Y'a des gens qui ne disent rien
Slam d'occase
Avant ben avant y avait des poèmes c'étaient des trucs bien compliqués
Avec des règles avec des mots des pieds fallait le coup pour s'exprimer
Fallait souffrir d'une souffrance à tout casser fallait être un mec différent
Bon, c'était comme ça avant mais moi je pense qu'on est tous pareils et pourtant
Y'a ceux qui parlent et ceux qui écoutent çui qui est seul et çui qu'on entend
On est tous un peu des poètes on souffre tous à l'occasion
Toi tu pries tu chantes tu pleures tu fais la fête
Moi je suis slamer d'occasion
Ouais elle nous avait abrutis la culture et l'anthologie des poètes
On se prenait la tête dans les mains les coudes appuyés sur nos tables d'école
Et les profs nous décortiquaient des siècles de mots de vers de strophes
On les regardait hébétés conscients de la catastrophe
Ne pas connaître Baudelaire ça te vaut des heures de colle
Et puis les mecs encravatés dans les émissions littéraires
Ont fini par décourager l'envie l'inculture t'oblige à te taire
Dans les rayons de poésie on trouve plus que des livres jaunis
Qui ont fini par prendre la couleur morte de leurs étagères
Si y'a bien toujours quelques branques qui arborent encore l'écharpe blanche
Et se poussent un peu du col
Mais on a pas de temps à perdre avec ces guignols
Et puis dans une banlieue de Paris paraît qu'y a des mecs qui ont trouvé un langage
Une nouvelle poésie simple et qui s'écrit pas sur des pages
De la musique avant toute chose et pour cela préfère l'impair
De la musique avant toute chose faite avec des mots et des vers
De la poésie populaire qui s'explique pas qui s'entend
De la poésie d'interprète et qu'on balance comme un chant
On dirait la liste des courses des courses sous le firmament
Que faisaient devant la grande ourse tous les poètes de quinze ans
C'est pas une trouvaille y'a même des alexandrins
Rien de terrible qui vaille qu'on s'excite et qu'on batte des mains
C'est juste un peu de sincérité écrite avec les mots qu'on connaît
Parce que ça vaut le coup de dire les choses et de parler
Allez bouge pas j'envoie la musique
C'est simple c'est comme un bonjour simple comme un au revoir
C'est la vie de tous les jours mais parfois elle est dure à voir
Y'a plein de choses qui empêchent des choses qui brûlent les yeux
Et pourtant faut qu'on se dépêche trouver le truc pour être heureux
Faut assumer sa différence ses petits cris de tous les jours
Même si tu passes pour un branque à chialer du manque d'amour
Faut pas se cacher la colère faut fouiller le fond de son cœur
Tout est bon à dire mon frère pour ouvrir la porte au bonheur
Les poètes c'est des mecs qui t'aident des mecs qui tendent la main
Des mecs qui veulent que t'espères des mecs qui pensent à demain
Y s'en foutent que t'applaudisses y s'en foutent des boniments
Y veulent juste que t'exprimes tout ce que tu caches dedans
Des fois y s'y prennent comme des nazes
Y t'expliquent des trucs et toi tu comprends rien
Y te soûlent de belles phrases
Y croient faire ça pour ton bien
Mais tu vois maintenant comme ils parlent ils parlent comme des enfants
Toi tu crois pas toujours à leurs fantasmes leurs histoires de pélicans
Faut juste que tu leur pardonnes ils ont le droit de se tromper
Parce que tout le mal qu'ils se donnent
C'est juste pour te ressembler !
A toi qui as connu la misère
Toi que la mort a pas épargné
Toi qui restes avec ta colère
Toi qui rêves qui te révoltes
Toi qui pries qui tapes du pied
Toi qui te bats toi qui espères
Toi qui es si seul que tu ne sais même plus parler
Y z'abusent de la tristesse et tu crois que ça les fait jouir
Mais s'adresser à la détresse c'est avoir envie d'en guérir
On a tous les mêmes mystères, on a tous les mêmes secrets
Le vent de la vie humaine comme un souffle sur un champ de blé
Crée une onde perpétuelle qui sent la moisson et l'été
Chaque épi conserve la trace du sens où le vent l'a penché
Chaque épi qui courbe la tête chuchote un mot à çui d'après
Et ce chœur immense dévoile les harmonies d'une chanson
Qui s'en va d'étoile en étoile se cogner aux quatre horizons
Savoir vivre c'est vouloir faire une ode offerte à la beauté
Des quelques mots qu'aura à dire notre impuissante humanité
On est tous chanteurs sur la terre chacun avec sa partition
Qu'on nous entende ou pas qu'importe au fond de cette éternité
Chaque voix participe à faire frémir les astres et ce frisson
C'est l'espoir ultime des hommes des hommes qui sont ce qu'ils sont
Artistes de leurs propres vies
Artistes aux yeux de l'univers
Et artistes de la chanson
La chanson qui chante l'espoir
Et qu'on entonne à l'unisson
Vous les artistes dans le noir
Et moi le slamer d'occasion.
L'expression futile du bonheur
Ils ont cette expression futile du bonheur
Ces jours heureux où l'air fluide coule et chante
C'est la mélancolique histoire de nos cœurs
Ils ont cette expression futile du bonheur
Un chemin dans la lande aux bras chargés de fleurs
Où la bruyère et ton sourire se répondent
Et l'illusion que tout est fait pour le bonheur
Un chemin dans la lande aux bras chargés de fleurs
Et sur cette vague
S'enfuit comme l'embrun léger
L'instant recueilli et sauvage
Poème inutile et secret
Ces goélands qui hantent l'air de leur lenteur
Bienveillants messagers de nos amours sur l'onde
Combattent tout l'hiver les flots et leur fureur
Ces goélands qui hantent l'air de leur lenteur
Septembre rit berçant la vie de sa douceur
A-t-il le droit de nous faire oublier le monde
N'est-il pas curieux ce rire au milieu des pleurs
Septembre rit berçant la vie de sa douceur
Et sur cette vague
S'enfuit comme l'embrun léger
L'instant recueilli et sauvage
Poème inutile et secret
C'est dans le regard simple de nos yeux d'enfant
Que je retrouve ces souvenirs qui m'inondent
Les traces qu'a gardé mon âme de ce temps
S'inscrivent dans les yeux limpides de mes enfants
Ils ont cette expression futile du bonheur
Des jours heureux où l'air fluide coule et chante
C'est la mélancolique histoire de leur cœur
Ils ont cette expression futile du bonheur
Papèrs, svp!
Cette chanson, parole et musique a été remaniée et figure
sous sa nouvelle version dans l'album en òc "la lenga aus pòts"
Que soi vienut d'Africa
E per jo praube estrangèr
Paris qu'èra l'America
Mes n'avi pas nat papèr
Qu'èm aqui tots amassa
Negres blancs jaunes e metissats
Atendent la paperassa
Que non ns'an pas balhat.
Per escapar au controle
De la solidaritat
N'avi sonque ma paraula
Sola trça d'humanitat
Que son viénuts a l'escola
Entà'ns préner los drollets
N'avi pas mei de paraule
E n'avi pas nat papèr
A casa qu'èi tot deishat
Mes n'èi pas trobat un larèr
Ni enqüèra tribalhat
Puishque n'èi pas nat papèr
Los occitans qu'ac avèn dit
« volem viure al pais »
E qu'auri tanben preferit
Non pas viéner dinc a Paris
E adara qué cau har
Nada solution per nos
S'avèm sonque de que minjar
Solide que serem uros
A Paris qu'èm enqüèra
Shens teit shens tribalh shens papèrs
Shens amor mes dab misèra
E totum ua lusor d'espèr
Espèr de viver un jorn com cau
De non pas mei aver hami
De demorar en un osta,
De viver enfin com un omi!
Que soi vienut d'Africa
E per jo praube estrangèr
Paris qu'èra l'America
Mes n'avi pas nat papèr
Putains de Chinois !
Les Polonais sont des caves, c'est une illusion
Les Arabes c'est plus grave ils sont des millions
Les p'tits gars d'Afrique noire ne donnent pas l'impression
D'être prêts pour la bagarre, globalisation
Mais ce qui est le plus à craindre dans la mondialisation
C'est le terrible abbatage des faces de citron
On va pas se laisser faire par ces putains de Chinois(bis)
Notre nouveau DRH nous a expliqué
Qu'il faudra donner notre âme à la société
Et pendant qu'y en a qui glandent à la machine à café
Y'a des milliers de Chinetoques prêts à nous niquer
On est des killers mes frères faut se défoncer
Pour récupérer aux jaunes nos parts de marché
On va pas se laisser faire par ces putains de Chinois(bis)
La troisième guerre mondiale a bien commencé
Capitaine d'industrie ou général d'armée
Soldats du libéralismes, avançons dans les tranchées
Et si l'un de nous recule il sera fusillé
L'ennemi n'est pas encore syndicalisé
On n'arrête pas les batailles pour des RTT
On va pas se laisser faire par ces putains de Chinois(bis)
Le ministre du travail nous a exposé
Les bases de la nouvelle solidarité
Pour faire face à la menace des Indiens et des niakwés
Il prétend qu'il va falloir se remettre à bosser
Alors au boulot mes frères, on va fabriquer
Des chaussettes après le taff dans les caves et les greniers
On va pas se laisser faire par ces putains de Chinois(bis)
On revient pas en arrière faut pas s'inquiéter
Quand ils auront l'estomac un peu rassasié
Qu'ils auront assez d'argent et de temps pour s'arrêter
Ils poseront bien leurs culs devant la télé
Faut des années de culture à l'homme civilisé
Pour supporter l'intellectuelle joie de glander
On va pas se laisser faire par ces putains de Chinois(bis)
Laissons passer la jeunesse de ces putains de Chinois
On apprendra la paresse à ces putains de Chinois
La foule
Elle a rabâché ses prières
Usé tous les chemins de croix
Agenouillée dans la poussière
Elle a cru entendre la voix
Des dieux qui vivent sur la terre
De la candeur et de la foi
De la foule pieuse qui espère
Se retrouver dans l'au-delà
Les hommes sont une armée de frères
L'amour pour une éternité
Vole d'inquiétude en mystère
La foule est en train de prier
Elle a déferlé dans les villes
Pour renverser l'ordre et le droit
Les manifestations civiles
Ont révolutionné les lois
Elle a investi la bastille
Pour réclamer l'égalité
Et installé la guillotine
Comme emblème de liberté
Elle a hurlé place de grève
Et injurié le crucifié
L'innocence et l'amour en crèvent
La foule est en train de gueuler
Acclamant le poing qui la blesse
Adorant la voix qui la hait
La foule implacable se presse
D'emboîter le pas cadencé
Le bruit des talons sur l'asphalte
Rythme les cris et les bravos
De Paris à Moscou la race
Des hommes suivent leur drapeau
Sans savoir où ce pas l'entraîne
Qu'est-ce qui vit au bout du progrès
La soif de l'inconnu la mène
La foule est en train de marcher
Elle a fait la fête aux étoiles
Elle a fait la queue chez Mickey
Elle obéit comme une voile
Au vent de l'uniformité
Elle s'entasse dans les stades
Maracana ou Colisée
La foule est en pélerinage
Pour voir ses idoles jouer
Sa voix fait frissonner la terre
L'unisson donne l'air d'aimer
Le chœur se transcende en prière
La foule est en train de chanter
Mais on a trahi sa confiance
Croire ce n'est pas espérer
La foule n'a pas de conscience
Il faut être seul pour penser
Elle a subi la loi des armes
Des rois des Dieux et des héros
Ceux qu'elle a adorés s'acharnent
A la poignarder dans le dos
Puisqu'au fond rien ne nous rassemble
Pourquoi vouloir se ressembler
Puisqu'au fond rien ne nous ressemble
Il n'y a plus qu'à se séparer
S'il nous reste à vieillir ensemble
Alors pourquoi se déchirer
Avec ses millions d'yeux qui tremblent
La foule est en train de pleurer.
Chanson pour Renaud
Toi Renaud mon ami
Que t'est-il arrivé
Que t'aies un peu vieilli
On s'en serait doutés
Si tu pintes un p'tit peu
On n'est pas beaucoup mieux
Mais j'sais pas c'qui t'as pris
D'aller à la télé
Pour épancher ton cœur
Comme si tu savais pas
Q'y s'foutent de tes pleurs
Qu'y z'attendaient que ça
Ça a fait un tabac
Le rebelle humilié
Y t'ont récupéré
Tu crois pas
Quel effet ça t'a fait
Que ton nouveau public
Se compose d'enfoirés
De bourgeois et de flics
Les voyous les lascars
Tu sais en vérité
Ils cachent leur costard
Sous le blouson clouté
Si c'est ta thérapie
Ton truc pour pas crever
Excuse-moi mon ami
J'pouvais pas deviner
On a peu dans la vie
De temps pour exister
Et pas toujours le cœur
Pour chanter
T'as pas à t'expliquer
Y pourront pas comprendre
Y vomissent leurs clichés
De loubard au cœur tendre
Il fallait qu'il soit dur
Ton chemin escarpé
Pour guérir tes blessures
Avec de la pitié
T'as pas r'trouvé ton flingue
Pour défendre nos cris
De l'histoire cradingue
Qu'ils ont fait de la vie
Même avec des chansons
Il fallait les flinguer
Aujourd'hui tous les cons
Sont armés
T'as rien à regretter
Ça sert pas à grand chose
On passe son chemin
Comme fanent les roses
Même en marchant plus vite
On va jamais très loin
Mais on a ta musique
A serrer dans nos poings
Mais pour soigner ta peine
Fallait pas t'excuser
De ton semblant de haine
Ça les a fait marrer
Tous ces cons sont plus forts
Que le doute imprécis
Qui nourrit ton remord
Aujourd'hui
T'es né avec un cœur
Trop grand et trop fragile
Qui chiale du malheur
Comme une meuf débile
Tu sais bien que les hommes
Sont plus braves et plus durs
Ils ont des chromosomes
Pour défoncer les murs
Pour affamer les gosses
Fusiller leurs frangins
Ils les dons précoces
Et fiers des assassins
T'as rien à foutre là
Avec ton air malin
Tu feras pas le poids
Pauv'crétin
Je veux pas te blesser
Mais y faut que j'te dise
Ta révolte a cessé
Pardonne ma franchise
Garde toujours pour nous
Ta rage d'autrefois
Pour survivre à ces fous
On a besoin de toi
Au nom de la jeunesse
Qui nous a fait aimer
Crache sur leur sagesse
Qui nous a fait gerber
Pourvu que les fumiers
Dictent pas notre loi
On est là pour chanter
Avec toi
C'est une thérapie
Un truc pour pas crever
S'il reste de la vie
On peut toujours rêver
T'avais promis un jour
Qu'ils ne nous auraient pas
Nous on y croit toujours
Souviens-toi
Les rimes à la con de François Villon
Voyous de la zone ou de la cité
Ecorcheurs de l'ombre enculeurs de fées
Vos chibres odieux aux joues rutilantes
N'ont pas transpercé la voûte des cieux
Avaleurs de nuits semeurs de désastres
L'injustice lève son armée de fous
Un vent chaud disperse l'odeur de cadavre
Et vos dents gâtées sifflent la chanson
Pipeau ou guitare guimbarde ou violon
Des rimes à la con de François Villon
Toi qui a cru le temps d'une caresse
Vaincre l'ivresse et la baiser d'un doigt
Tu cours la vie au bras d'une charogne
Pauvre reclus que la chance oublia
Et l'ordre humain de son bec de cigogne
Fouille ton cul jusques à ton trépas
Les cris modernes de la vie carcérale
Ont le rictus de vos gueules infernales
Et sont un chœur pourri à la chanson
Des rimes à la con de François Villon.
Mêler l'ardeur de vivre à la misère
Confondre un reflet d'âme et la lumière
Surprendre au bout de l'horreur et du rêve
Le rire espiègle de la légèreté
La vie passe vite pour celui qui crève
Et qui n'a pas un âme de poète
Pour transformer cette merde en beauté
Et entendre geindre la douce chanson
Dissoute dans l'air la tendre chanson
Des rimes à la con de François Villon
Oyez camarades marchands de vacarme
Faites retentir dans le ciel l'alarme
Du bordel béant de vos tripes en feu
Hurlez la ballade beuglez la chanson
Des rimes à la con de François Villon
Généalogie
L'un s'appelait Pierre
Il labourait la terre
Il creusait des sillons
Il a vécu naguère
Il n'y a plus de poussière
Au seuil de sa maison
Il avait cinq frères
Qui aidaient leur père
Au temps de la moisson
Leur aïeul sévère
Toisait la misère
Du seuil de sa maison
C'est le vide sidéral
C'est le silence infernal
Le néant monumental
Vénérables ancêtres
Pourquoi n'avez-vous pas dit
Quelques mots de votre vie
Votre cœur aurait fleuri
Des fleurs dans la poussière
Pierre était fils d'Eugène
Petit fils de Germaine
Et cousin de Gaston
Qui mourut à la guerre
Je ne sais plus laquelle
Et valsent les saisons
La valse du temps
Emporta Fernand
Et Marie de Tinon
Ils n'ont pas su chanter
La poussière embrumait
Le seuil de leur maison
Des douzaines de Jean
Des dizaines de Pierre
Qui tous portaient mon nom
Ont drainé dans leur sang
Le malheureux mystère
Des fils de ma raison
L'ascendance fière
De ce passé austère
Lègue comme un frisson
L'inutilité certaine
Et l'espérance vaine
De la révolution
Tous ces cimetières
Avec toutes ces pierres
Où fleurissent les noms
De mes valeureux ancêtres
Cherchant sous la terre
La voix de leur raison
Ont disparu dans un rêve
Et nourrissent la sève
De générations
D'hommes et de femmes intègres
Balayant la poussière
Du seuil de leur maison
Les murs blancs
Les murs blancs des musées dédiés à l'art moderne
Seuls plans immaculés avec les ciels de grève
Improvisent des poses troublantes de statues
Et penchent sur nos vies leurs fronts abrupts et nus
Le visiteur inquiet essuie les plâtres vierges
Ceints de violence sobre et armés d'ambitions
Et sent se refermer sur son ombre le piège
Des desseins indicibles de l'incompréhension
Le paradoxe croît sur ce blanc uniforme
Sans une éclaboussure où tremper son envie
Avec la certitude géométrique et pure
D'accéder aux fantasmes idiots d'un paradis
Où les ombres phalliques dansent de nos murmures
Irréelles ardeurs de corps lents et ventrus
Traînant leur vie de rien et leur air de famille
A l'orgie éternelle des couleurs vives et crues
Et les murs blancs lassés d'essuyer des insultes
Ruissellent des sueurs invisibles et des cris
Etouffés par l'espace indolore et inculte
Qui jaillit des matières mortes et de l'oubli
Pages blanches sans lignes pour guider nos râtures
Grottes de notre siècle où de mauvais sorciers
Essaient encore d'extraire dans d'étranges peintures
Les symboles épars de la modernité
Mais la blancheur tétue dévore ces félures
Et les murs trop tendus d'un uniforme effroi
En avalant l'orgueil vagissant des blessures
Imposent leur bêtise austère et leur droiture
Aux violences étranglées qui ne s'expliquent pas
La blancheur ostensiblement chaste où rien n'ose
Ni l'expression la plus tangible de la peur
Envahit de secret les couleurs et les choses
Et les confond du champ d'une invincible erreur
Les hommes à leur place
A quinze ans l'étudiant pubère
Doit affirmer sa vocation
Son goût du travail à la chaîne
L'espoir de gagner des millions
Quelques croix dans un formulaire
Déterminent une vocation
Et calment le regard austère
Du conseiller d'orientation
Tout venant, menu fretin
Soldats de la lutte des classes
Les métiers qui ne servent à rien
Remettent les hommes à leur place
Y faut pas que tu te tracasses
Paraît qu'y'a pas de sots métiers
C'est parfois les plus dégueulasses
Qui offrent le plus de débouchés
On embauche sur la banquise
Où le tourisme fait reculer
Les frontières de la bêtise
Et la limite des glaciers
Marchand de conventions obsèques
Marchand de pneus, marchand d'envies
Marchand de vent sur internet
D'orgasmes et de roses à crédit
De la marge bénéficiaire
Qui fut le combat de ta vie
Tu as fait le tour de la terre
Sans jamais t'échapper d'ici
Si les yeux remplis de lumière
D'un jeune banquier de vingt ans
S'inclinent devant l'oeil sévère
D'un écureuil qui pue du gland
L'homme accepte au nom de sa race
De renoncer à la folie
Pour trier de la paperasse
Et le pognon de ses amis
J'ai pas fait les travaux d'Hercule
Les mines de sel ont fermé
Alors pour faire quelques tunes
J'ai choisi la publicité
A coeur perdu rien d'impossible
J'ai réussi à persuader
Les gentils cerveaux disponibles
D'acheter mes pizzas surgelées
Y'a pas qu'l'air dans les tours de verre
Qui soit froid et conditionné
C'est tout le secteur du terciaire
Qui s'évertue à te sonder
Assis derrière un téléphone
Les peigne-culs de la SOFFRES
T'administrent les questions connes
Qui doivent mener à la sagesse
C'est pour fournir des statistiques
Aux technocrates organisés
Nourrissant des élans mystiques
Pour leurs camemberts en 3D
Qu'le gars des ressources humaines
Tapi derrière les WC
Mesure sur son chronomètre
Le temps que tu mets pour pisser
La solde de l'armée de terre
Et la retraite à 35 ans
Ouvrent la carrière militaire
Aux jeunes cons qui trop souvent
Après la corvée d'pommes de terre
Doivent par-dessus le marché
Verser leur sang sur une terre
Où ils n'étaient pas invités
Marchand d'atomes fabriquant d'armes
C'est sûr y'a pas de sots métiers
Faire larbin dans un palace
Etre l'intérieur de Michey
L'ANPE n'a plus d'affaires
J'ai fait le tour de la question
J'ai rien trouvé d'utile à faire
Alors j'ai écrit des chansons
Tout venant, menu fretin
Soldats de la lutte des classes
Les métiers qui ne servent à rien
Remettent les hommes à leur place
Tout venant, menu fretin
Soldats de la lutte des classes
Les chansons qui ne servent à rien
Sont les témoins du temps qui passe
Chanson d'amour pour les vieilles de 40 ans
Avant qu'il soit trop tard avant que tu sois morte
Et que le temps n'emporte nos vies dans son élan
Avant qu'il soit trop tard et que l'oubli n'efface
A nos yeux fatigués les traits de tes vingt ans
C'est quand on est encore heureux vivants et libres
Qu'il faut voler au temps l'envie des au revoir
Et s'arracher du cœur les mots qui nous font vivre
La mort n'est pas le lieu de s'en apercevoir
Ne baisse pas les yeux le soleil te regarde
Et il compte sur toi pour l'éclairer un peu
Et même si ton cœur se ride et se lézarde
C'est parce qu'il a l'immense honneur de vivre vieux
Avant que l'on n'ait plus assez de rage au ventre
Pour empoigner la vie et la jeter aux cieux
Avant que l'on n'ait trop porté de peur au ventre
Pour empoigner la vie et s'en remplir les yeux
Qu'importe que la vie nous laisse ou nous arrache
Aux bras de ce bonheur aux yeux de nos enfants
Qu'importe l'essentiel est que nos lèvres sachent
Acclamer cet amour pour le garder vivant
Avant que l'on n'ait plus l'amour assez rebelle
Pour vaincre l'habitude et combattre le temps
Et que le souvenir du feu de la jeunesse
Se trouble et transforme en cendres lentement
Avant que la paresse succède à la sagesse
Pour faire à la vieillesse un point de cheveux blancs
Et que les habitudes transforment en hébétude
Nos vieilles solitudes il faut parler avant
Les photos ont jauni il reste l'étincelle
Que les cœurs de quinze ans trahissent au fond des yeux
Et qu'ils doivent cacher du regard des ancêtres
De l'appétit des fous et de la main de Dieu
La vie nous appartient c'est le tribu des anges
De pouvoir accueillir le bonheur dans leurs mains
Et de garder vivant l'ombre de son image
Pour s'en aller voguer au vent des lendemains
Toi qui croyais vieillir juste parce qu'une étoile
Est venue s'accrocher sur le coin de tes yeux
Toi qui croyais mourir juste parce qu'une voile
Regagne dans ton cœur un bord mystérieux
C'est pas rien de te dire après autant d'efforts
Pour traverser le temps en vivant comme on peut
C'est pas rien de te dire avant que l'on soit morts
Que je t'aime moins fort mais que je t'aime mieux.