Soyez
heureux, humbles mortels, car une vision m’est apparue qui m’a
révélé les secrets de la vie, les secrets de la vie éternelle.
Il
était calmement posé sur un songe, apaisé, et pourtant il devait
être mort. Il était peinard, tranquille. Aucune angoisse.
Il
y avait juste un petit truc qui le chiffonnait : Il aurait voulu
communiquer avec les vivants. Pas pour s’accrocher à la vie, pas
par peur d’affronter la mort ; franchement il n’avait pas l’air
de s’en faire pour ça. Non, plutôt pour rendre service. C’est
pour ça qu’il a essayé d’entrer en contact avec moi...
...Vous
frappez pas ! C’est juste pour vous dire qu’à choisir, dans l’état
actuel des choses, il vaut mieux s’abstenir. Rien d’autre. Tout
le contraire de Blaise (oui Pascal) en somme. Lui il nous explique
que dans le doute, il vaut mieux croire en dieu, ça mange pas
de pain. C’est pas cher et ça peut rapporter gros.
Et
nous on affirme le contraire ! Dans le doute ( et il y a toujours
un doute) il ne faut croire en rien et appliquer au plus près
les convictions de nos cœurs et de nos intelligences. Le doute
ne peut être qu’un facteur supplémentaire d’erreur. Et on n’a
pas besoin de ça ! Qu’est-ce qu’on risque ? Que dieu existe ?
Mais s’il est bon il ne nous reprochera rien ! Il sera peut-être
même fier de nous. Parce que nos volontés sont saines ! Alors
essayons de les honorer. Ne pas croire, ne pas adorer, ne pas
craindre, c’est peut-être même la seule manière de faire confiance
en sa bonté, c’est le plus grand acte d’amour qu’on puisse lui
témoigner. Après tout si dieu est susceptible, rancunier, orgueilleux,
aurez-vous envie de l’aimer ?...
...Allez,
on va faire plaisir un peu aux cathos, on leur doit bien ça. L’abbé
Pierre disait : « il y a deux choses à réussir dans la vie, aimer
et mourir ». Evidemment il a raison, mais on aurait pu dire, être
heureux et mourir. Parce que dans « aimer », surtout s’il faut
aimer tout le monde, on sent se pointer le sacrifice, le truc
douloureux, la mission. Mais il n’y a personne à racheter, aucune
souffrance à endosser pour l’autre. Etre heureux c’est vachement
moins exigeant. Et ça revient au même si on a compris que la liberté,
l’égalité, la fraternité, ça sert juste à accepter que l’autre
ait le même profond désir.
Et
la mère Thérésa, et la sœur Emmanuelle, vous les avez entendues
se plaindre ? Vous les avez entendues parler de sacrifice ? Non,
simplement de bonheur. Et elles ont refusé les honneurs jusqu’au
bout parce qu’elles n’ont pas compris qu’on les félicite juste
pour s’être données les moyens d’être heureuses ! Peut-être même
se sont-elles souvent trouvées bien égoïstes...
...D’accord,
y a un truc qui cloche. C’est justement peut-être l’avidité, le
besoin de se remplir, l’envie d’ivresse. Non qu’il faille se contenter
d’une sagesse austère, non qu’il faille se restreindre ni s’autocensurer.
Mais l’avidité doit s’arrêter d’elle-même au respect de l’autre,
à la décence, à la pudeur. Juste parce que le bonheur des uns
ne doit pas faire souffrir l’autre ni le brimer. Vous verrez que
tout s’équilibre comme par enchantement et que la fuite en avant
du plaisir stoppe toute seule, que le manque se rassasie de beaucoup
moins qu’on ne pense, que l’envie devient par miracle plus facile
à combler.