Manifeste pour le droit des femmes à être belles sans qu’on vienne leur sentir le cul
Oh les poètes élégants
Pommadés des parfums du vice !
Faisant rimer nonchalamment
L’oraison de vos sacrifices,
Vous ornez vos autels méchants
Et de fleurs peuplez vos calices.
Doux galants, poètes charmants,
Qui offrez en guise d’amour
A l’humble égérie de vos chants
Votre sexe sur du velours.
Chevaliers de la bite immonde
J’irai pisser sur votre tombe !
C’est votre héroïsme primaire
De posséder la terre entière
Et d’alimenter votre gloire
De coups de reins faits à l’amour.
Oh ! les grands baiseurs de l’histoire,
Permettez, tant que vous y êtes,
Cochez le cul de vos conquêtes
Pour faciliter les concours !
Oh les poètes à trois francs
Qui jouez sur vos tire-lyres
L’air dissonant et trébuchant
De l’amour tenté par le pire !
Poètes lourds et insistants,
Que rien n’effraie ni les enfants,
Ni les pleurs, ni la peur du vide,
Rien n’arrête vos mœurs avides
Et vous offrez des fleurs putrides
A des femelles en vous branlant.
Poètes hystériques et croyants
En l’éternelle jouissance,
Votre dieu permet-il pourtant
Sur terre de prendre un peu d’avance ?
Poète nu, mateur de culs,
Simple et confiant dans sa hardiesse
D’homme dominant sa tribu
Et qui pense appeler caresses
L’acte brutal et éperdu
Eclaboussé de sa détresse.
Poètes vils, insignifiants,
Endossant l’idiotie fatale,
Le cortège des compliments,
Mauvais mots dans des bouches sales
Vomis par votre orgueil de mâle,
Dégouline sur les corps brûlants
Des femmes, ô roi des calembours,
Vingt sur une dans une cave,
C’est l’héritage de la bave
Que vous déversez sur l’amour.
Amis poètes, hommes de goût,
Qui savez la beauté des femmes,
Souffrez qu’elles aient plus que vous
De tendresse, au cœur plus de flamme.
Epargnez à leur cœur sensible
La muflerie irréversible
De vos flatteries éculées.
Laissez tomber la vanité !
Elles rient de vos mots horribles
Par désespoir et par pitié.
Poètes sordides et débiles
Qui ignorez le sort fragile
De leur féminine beauté,
Le coude appuyé sur leur âme
Comment prétendre aimer les femmes
Sans rien y comprendre jamais.
Croyez en cette humilité !
Il y a si peu d’amour sur terre
Qu’il vaut mieux peut-être se taire
Que de risquer de le blesser.
Le monde souffre de vos crimes
Et vos ombrageuses victimes
Se résignent malgré la nausée,
A respirer dans vos haleines
L’âcre bestialité humaine
Et consolent vos corps désolés.
Mais au plus fort de vos caresses,
Il n’y aura assez de respect
Ni jamais assez de tendresse,
Pour guérir leur cœur humilié.